Article écrit en collaboration avec le site Mes Geeks et Moi. Article que vous pouvez également retrouver sur leur blog.
Capture et test sur PS5 « classique ». Code jeu fourni par
l’éditeur.
Quand les légendes d'hier deviennent nos jeux vidéo d'aujourd'hui:
Beaucoup de jeux vidéo tirent leur inspiration de contes, mythes et légendes antiques et de leur mythologie. On connaît tous (ou presque) Kratos, le Spartiate de God of War qui a décimé à lui seul l’Olympe et, vu que cela ne lui suffisait pas, a décidé de s’occuper du Valhalla avec son fils.
Notre pilleuse de Tomb préférée dans ces aventures n’hésite pas à visiter les différents sanctuaires d’Égypte, de la vallée des Rois au port d’Alexandrie. Dans le remake de 2013, elle se bat même contre Himiko, une reine antique japonaise.
Dans Diablo 1 et 2 on ne se bat ni plus ni moins contre Baal, qui est le grand rival de Dieu dans la Bible. Sans oublier Méphisto(phélès), serviteur de Lucifer et grand manipulateur dans l’âme.
Et je ne parle pas des différents jeux de gestion comme Age of Empires / Age of Mythology où les dieux étaient une mécanique de gameplay (la ressource de « Faveur ») pour invoquer des séismes ou des armées de créatures.
Quel est le point commun entre ces licences et Kalanoro ? Lui aussi s’inspire d’un folklore celui du peuple malgache, habitant de l’île de Madagascar. (Pour info, il ne s’agit pas d’Alex le lion, Marty le zèbre, Melman la girafe et de Gloria l’hippopotame accompagnés de quatre manchots [Commandant, Rico, Kowalski et Soldat] bande d’incultes !). Les Kalanoro sont souvent décrits comme des petites créatures humanoïdes, discrètes, dont le rôle est de protéger et de préserver la forêt qui les entoure, et de veiller sur le monde sauvage. Ils n’hésitent pas à sanctionner ceux qui détruisent la végétation ou polluent les sources, rappelant aux humains que la forêt n’est pas une ressource illimitée mais un milieu vivant qui exige respect et réciprocité.
Kalanoro (le jeu) est donc un jeu qui fait la part belle à l’écologie, mais est-ce qu’il le fait bien?
Une ambiance entre “Fihavanana” et “Mora-mora”:
Il y a quelques semaines, je vous ai partagé mon coup de blues et mon absence de motivation générale. Kalanoro est un excellent “Fanafody” (remède) pour soigner ce type de mauvaise passe. Le jeu dégage une ambiance unique — assez difficile à décrire d’ailleurs — oscillant entre zénitude, coolitude, accompagné d’un brin d’humour potache. Les graphismes sont simples mais soignés, les couleurs vives sont omniprésentes et l’ambiance musicale est folle (j’en reparlerai tout à l’heure). Le jeu est rempli de petites phrases comme : « le meilleur moyen de ne pas perdre ses clés est de ne pas avoir de serrure » ou encore « Si tu ne sais pas quoi faire de ta journée, ne fais rien : c’est déjà une occupation à plein temps » qui résument à elles seules cet esprit oscillant entre la sagesse du Fihavanana (le lien et l’harmonie) et la philosophie du Mora-Mora (prendre la vie du bon côté, sans prise de tête).
Le jeu met également en avant les préceptes des fady environnementaux, ces règles sacrées à respecter pour préserver l’équilibre et l’harmonie de la nature.
Notre héroïne aux cheveux hirsutes, Kalakely (dans la langue malgache : Kala est un terme affectueux qui veut dire fillette / Kely, signifie petit) dégage une bonhomie des plus agréables.
Le jeu insuffle une sensation de bien-être constante et de dépaysement. Très franchement, dans le climat ambiant actuel mondial, ça fait un bien fou.
Résistance en musique :
Bienvenue sur l’île (imaginaire) de Lémuria, un îlot paradisiaque peuplé de … Lemuriens. Cet habitat autrefois tranquille est aujourd’hui menacé par Raneny, une sorcière capitaliste bien décidée à transformer l’île pour son profit en la bétonnant et en y implantant ses usines polluantes. Les habitants ne peuvent que subir cette invasion, sous peine de devoir se frotter aux Loulou, les sbires de notre antagoniste.
Pour fêter sa domination quasi totale, Raneny organise un concert géant à sa propre gloire, réunissant les meilleurs musiciens de Lémuria. Mais c’était sans compter sur Kalakely, notre petite Kalanoro protectrice de l’environnement. Plutôt que d’opter pour un affrontement frontal, elle décide de résister par la musique en organisant une véritable contre-tournée.
Le but du jeu est donc de parcourir les niveaux afin de libérer les musiciens résistants à la politique de Raneny, récupérer leurs instruments confisqués par les LouLou afin d’organiser des concerts endiablés pour gagner des fans et faire s’effondrer la popularité de la sorcière.
Du saut de Kalanoro au coup de poêle:
Le jeu est un plateformer en 3D à majorité isométrique. Au fil des niveaux, la caméra peut se repositionner automatiquement pour offrir une meilleure visibilité sur l’action, même s’il est impossible pour le joueur d’en modifier l’angle.
Même si l’on ressent que les niveaux ont été conçus pour être parcourus en ligne droite — de façon à ce que le joueur ne se perde jamais et pour rendre le titre accessible aux plus jeunes —, alternant phase de plateforme et arène contre les LOULOU, il y a toujours un brin d’exploration pour les curieux adeptes du 100 %.
En plus d’un primate à secourir (ou de son instrument à récupérer), on peut dénicher des manuscrits racontant le lore de Lémuria (qui vulgarise de manière très accessible la culture et les préceptes malgaches), trouver des cassettes audio cachées ou ramener un enfant perdu à sa famille. Dans certains stages, il faut même coller des affiches promotionnelles pour faire grimper sa cote de popularité !
Bien que la structure des niveaux reste assez similaire, les développeurs ont essayé d’apporter de petites variations de gameplay au fil de l’aventure en intégrant différents types d’interrupteurs réagissant à des actions bien spécifiques, ainsi que quelques phases d’infiltration en vue du dessus.
J’avais un gros a priori concernant la précision (ou plutôt l’imprécision) des sauts — la 3D isométrique étant réputée pour ce point noir —, mais l’équipe du studio Red Raketa a eu la brillante idée d’ajouter un réticule au sol juste sous notre héroïne. Un ajout salvateur qui permet de savoir exactement où l’on pose ses pattes !
Kalakely peut également compter sur sa crinière pour se sortir des mauvais pas : elle s’en sert pour tirer ou déplacer des plateformes, ou encore pour s’agripper et foncer sur les ennemis. Au fil de l’aventure, l’utilisation de shampoings magiques permet d’acquérir de nouvelles compétences complémentaires, comme des cheveux électriques ou le lancer d’une touffe de cheveux pour aveugler les adversaires et les faire frapper façon berserk sur tout ce qui bouge. Et comme si cela ne suffisait pas, des armes artisanales sont disponibles un peu partout : j’avoue que c’est toujours réjouissant de finir un ennemi à coups de poêle à frire, de carotte ou de tong !
Après chaque fin (ou début) de niveau, retour au taxi-brousse afin de prendre soin de nos lémuriens fraîchement libérés jusqu’à la prochaine étape. Pour cela, on leur cuisine un petit remontant ou on se motive en écoutant une K7 fraîchement récupérée.
Une bande-son qui met à l'honneur la scène malgache:
Je l’évoquais plus haut : l’ambiance musicale et l’OST du jeu sont tout simplement fabuleuses. Red Raketa a mis les petits plats dans les grands en faisant appel à de nombreux artistes de la scène malgache. Cela apporte un cachet authentique et une couleur unique au titre et j’ai adoré découvrir ces univers artistiques d’une richesse folle.
Parmi les titres phares, l’un des plus marquants reste sans doute le morceau éponyme de Jyeuhair : Kalanoro. De mon côté, j’ai eu un coup de cœur particulier pour Lemuria Banana de l’artiste Ando Lalaina (à écouter ici), sans oublier le très bon Loso de Marco Klarck (à écouter ici).
Toutes
ces pépites s’obtiennent sous forme de K7 audio à dénicher dans les niveaux
pour ensuite être réécoutées à l’envi via le poste radio de notre taxi-brousse.
Et cerise sur le gâteau : dès qu’on lance une piste, toute notre troupe de
lémuriens s’empresse de remuer son popotin en rythme !
Quelques fausses notes dans la partition:
Si j’apprécie le jeu sur bien des aspects, je regrette tout de même que les développeurs n’aient pas poussé leur délire un peu plus loin. Notre taxi-brousse, par exemple, ne sert au final à pas à grand-chose. Pas de niveau de conduite dédié, ni de personnalisation poussée ou d’améliorations à débloquer. J’aurais adoré pouvoir améliorer ce lieu de vie, comme booster le moteur pour se déplacer plus vite (comme le laissait espérer le trailer), ou encore acheter de nouveaux équipements pour concocter de meilleures recettes (nouvelle cuisine ou plaque de cuisson).
En l’état, le mini-jeu de cuisine est purement anecdotique : il suffit d’appuyer sur la touche « X » au bon moment, une seule fois. Sans aller jusqu’à réclamer un Overcooked ou un Cooking Mama, un minimum de challenge aurait été appréciable. Hélas, les séquences de concert souffrent exactement de la même simplicité, ce qui est un comble pour un titre où la musique occupe une place si centrale. Là encore, pas besoin d’un clone de Dance Dance Revolution ou de PaRappa the Rapper, mais un juste milieu (à la manière des mini-jeux de rythme d’un Yakuza) aurait été parfait. J’aurais tellement aimé pouvoir improviser des bœufs avec les musiciens à l’arrière du bus ! D’ailleurs, parlons-en de ces primates : une fois libérés, ils se contentent globalement de manger et de boucher les toilettes… Pire, si on oublie de les nourrir à temps, ils fuguent, se font recapturer, et il faut retourner les sauver.
Un autre point noir vient ternir
l’expérience : la période d’invincibilité (i-frames) après avoir subi un
coup est extrêmement courte. On se retrouve très vite enchaîné par les coups
ennemis si l’on a le malheur d’être bloqué dans un coin ou coincé dans l’eau au
pied d’une plateforme. Il m’est arrivé de subir deux fois des dégâts sur la
même attaque de boss, faute de temps pour m’esquiver. Espérons qu’une future
mise à jour vienne corriger ce défaut d’équilibrage. Pour ne rien arranger, les
affrontements contre ces fameux boss s’avèrent beaucoup trop longs en
comparaison du reste de l’aventure.
Verdict : On y était presque !:
Kalanoro me laisse un petit goût amer. Non pas que le titre soit mauvais, mais il me laisse une pointe d’inachevé. Le studio avait absolument tout en main pour que son jeu devienne un classique : un univers unique et inédit ancré dans la culture malgache, une ambiance musicale monumentale, une direction artistique colorée et un message écologique touchant.
Malheureusement, le jeu manque de finitions sur ses mini-jeux, beaucoup trop simples et sous-exploités. Il y avait tellement à faire avec le taxi-brousse, la cuisine et les concerts, c’est vraiment dommage !
Pour autant, je recommande Kalanoro à tous ceux qui sont à la recherche d’un jeu de plateforme à faire en famille, ainsi qu’à tous les curieux qui veulent découvrir une autre culture. Ce jeu est une vraie bouffée d’air frais.
PS : Je vous conseille également de mettre la main sur la BO, qui est juste magnifique !
Une note ? Kabosy/20




